Des véhicules blindés turcs transportant des troupes se dirigent vers la frontière syrienne.

L’incursion de la Turquie dans le nord-est de la Syrie ajoute aux tensions entre Washington et Ankara. L’évolution de l’importante relation américano-turque dépendra dans une large mesure de la manière dont Ankara gère les préoccupations relatives à ses opérations en Syrie.

Les forces terrestres turques, qui faisaient partie de son incursion militaire baptisée Opération Paix Printemps, ont traversé la frontière dans le nord-est de la Syrie le 9 octobre dans le cadre d’une offensive pour laquelle les premiers jours seront décisifs. Les Turcs ont peut-être presque tous les avantages militaires dans ce combat, mais ils ne peuvent pas se permettre de s’enliser, alors ils essaieront de saisir rapidement leurs objectifs.

Jusqu’à présent, il semble que l’objectif initial de la Turquie soit de diviser le territoire détenu par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes près de la frontière turco-syrienne en passant par le centre pour saisir des routes clés reliant les parties occidentale et orientale du nord-est de la Syrie. En cas de succès, la Turquie pourrait isoler davantage les avoirs du FDS dans le nord et ouvrir la voie à de nouvelles attaques.

Une carte de la frontière syro-turque.
Une carte de la frontière syro-turque.

L’opération est centrée sur le territoire situé entre les villes frontalières de Tal Abyad à l’ouest et de Ras al-Ayn à l’est. Les fers de lance turcs tentent de contourner les deux villes, distantes de 110 km environ, puis de se rendre à l’autoroute M4, distante de 30 à 35 km, qui suit un parcours parallèle à la frontière. Mis à part Tal Abyad et Ras al-Ayn, qui comptent environ 200.000 habitants, ce territoire est relativement peu peuplé et plat. Le terrain et la pénurie de grands centres urbains faciliteront considérablement l’avancée de la Turquie, contrairement à la situation à laquelle l’armée a été confrontée lors de ses opérations à Afrin et dans le nord d’Alep.

L’offensive turque repose en grande partie sur les mandataires des rebelles syriens de la soi-disant Armée nationale syrienne, qui est composée d’unités d’une efficacité au combat et d’une discipline différentes. Des composants de l’armée turque composés d’infanterie mécanisée, d’armures, d’ingénieurs et de forces d’opérations spéciales renforcent ces unités syriennes. Un grand nombre d’artillerie et un soutien aérien important viennent renforcer ces forces terrestres. Contre cette puissante force, les quelque 40.000 combattants des SDF sont principalement constitués d’infanteries légères avec peu d’équipement lourd, d’artillerie ou de véhicules blindés.

Leur manque d’armes lourdes compliquera la tâche des FDS de s’opposer à l’offensive turque fortement équipée sur un terrain plat, les incitant à se concentrer sur la défense des villages et des petites villes de cette zone. Cette stratégie expose les troupes des FDS au risque d’être encerclées et coupées par les unités turques mobiles, ce qui ressort déjà de la manière dont les Turcs ont tenté d’encercler Tal Abyad et Ras al-Ayn.

Les désavantages militaires des Forces démocratiques syriennes augmentent les chances de trouver un compromis avec la Russie ou le gouvernement syrien en échange d’un soutien supplémentaire.

Désavantagés par la géographie locale et mal équipés, le FDS aura bien du mal à retenir l’offensive turque. Ce désavantage ajoute à la probabilité que le FDS pourrait chercher un compromis avec la Russie et même le gouvernement syrien en échange d’un soutien supplémentaire. Même un afflux de missiles guidés anti-chars venant du gouvernement syrien pourrait faire beaucoup pour infliger des pertes considérables aux Turcs et à leurs alliés rebelles syriens. Cependant, le gouvernement syrien, reconnaissant que le FDS est en difficulté, insistera pour obtenir d’importantes concessions en échange de tout soutien, y compris probablement la demande de ce dernier de céder des champs énergétiques clés dans la province orientale de Deir el-Zour.

Alors que le FDS tente de gagner du temps et de renforcer son assistance extérieure, les Turcs tenteront de déplacer leur offensive le plus rapidement possible afin de minimiser les réactions internationales déjà manifestes. En ces débuts de son implantation en Syrie, l’allié le plus efficace de la Turquie sera la rapidité.