Un autre sommet du G7 se tient à Biarritz, en France, avec peu de réalisations probables. Bien que le rassemblement évite peut-être la photo spectaculaire de l’année dernière montrant le président Donald Trump regardant les autres participants, les attentes sont faibles. Aucun effort ne sera fait pour rédiger une déclaration finale, une première pour le groupe, qui a débuté en 1975. Compte tenu des divisions des membres, la tentative serait “vaine“, a déclaré le président français Emmanuel Macron, qui a imputé “une crise très profonde à la démocratie.

Le G7 n’a plus le poids qu’il avait autrefois. Ses membres dominent toujours l’économie mondiale, mais pas au même degré. Au cours des années 1980, les membres du G7 représentaient environ 70% du PIB mondial. Ce nombre est maintenant inférieur à la moitié. De plus, les membres ne représentent qu’environ un dixième de la population mondiale. Et transformer le G8 en G7 en expulsant la Russie signifiait perdre un membre plus important que ne le laisserait penser son seul rôle économique.

Les participants ce week-end pourraient également avoir du mal à prendre leurs décisions. Le Premier ministre britannique nouvellement installé, Boris Johnson, pourrait être au chômage dans quelques semaines. Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, pourrait être à la traîne dans les sondages pour les élections d’octobre. Pendant ce temps, la coalition au pouvoir en Italie vient de s’effondrer et la chancelière allemande, Angela Merkel, depuis longtemps au pouvoir, est un canard boiteux. Enfin, Macron subit encore moins de votes que Trump, qui devra faire face à une élection l’année prochaine. Seul le dirigeant japonais Shinzo Abe semble en sécurité sur le plan politique.

Cependant, la réunion du G7 offre aux dirigeants les plus importants des pays occidentaux les plus importants l’occasion de discussions sérieuses sur des questions importantes, menées en privé mais non en secret. En effet, ce regroupement a l’avantage d’être plus personnel, concernant les dirigeants, qu’institutionnel, concernant les pays. Les membres peuvent plus facilement orienter la réunion vers ce qu’ils veulent, quel que soit l’ordre du jour officiel.

Même avant le début du sommet, Trump a raté les débats comme bon lui semble en proposant que Moscou soit invité l’année prochaine à la réunion organisée par les États-Unis. Trump a apparemment offert cela sans beaucoup de préparation diplomatique et, un peu à la manière de son commentaire improvisé sur l’achat du Groenland avant son voyage avorté au Danemark, il a suscité une opposition européenne. Macron a cependant accueilli favorablement cette idée, ajoutant toutefois que ce serait une “erreur stratégique” de le faire avant de résoudre le conflit russo-ukrainien.

En fait, l’ajout de la Russie est une très bonne idée. Le président Vladimir Poutine, suspendu en 2014, ne s’est pas transformé en démocrate libéral occidental. Cependant, le garder en dehors du club ne le fera pas devenir non plus. Et l’éloignement permanent de Moscou ne sert que les intérêts de la Chine, un adversaire encore plus autoritaire, puissant et dangereux du libéralisme occidental auquel la Russie s’est rapprochée.

Inviter Poutine à revenir dans le club devrait faire partie d’un processus visant à instaurer la paix et la stabilité en Europe de l’Est et à retirer Moscou de son emprise sur la Chine. Seul un compromis peut empêcher la fracture de devenir permanente. Ce week-end, les participants au G7 devraient discuter des options permettant de sécuriser simultanément l’Ukraine et d’accommoder la Russie.

Par exemple, les alliés pourraient abandonner leurs projets d’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, limiter l’aide militaire à Kiev et mettre fin aux sanctions économiques. En retour, la Russie pourrait abandonner son soutien aux rebelles du Donbass en Ukraine, accorder à Kiev un accès complet à la navigation dans les eaux litigieuses et cesser d’utiliser le gaz naturel comme arme. Les deux parties pourraient éviter l’ingérence politique dans les affaires de l’autre. Après tout, l’Amérique et l’Ukraine ne sont pas exemptes de reproches à cet égard. On laisserait Kiev pour nouer les liens économiques souhaités entre l’Est et l’Ouest. Si les alliés quittaient Biarritz avec la détermination de parvenir à un tel accord, son accomplissement pourrait être célébré avec la présence de la Russie à l’enclave du G8 nouvellement rétablie.

De plus, les membres du G7 devraient utiliser leur forum pour élaborer une politique commune visant à faire pression sur Xi et la République populaire de Chine pour qu’elles respectent les droits de l’homme et les normes internationales. La chute des manifestations de masse à Hong Kong rend la question particulièrement urgente. Même dans ce cas, il est important de ne pas gonfler la menace posée par la Chine. La République populaire de Chine est confrontée à d’importants défis économiques, sociaux et politiques et ne pose aucun danger militaire direct pour l’Amérique ou l’Europe. Le problème pour le Japon est plus grand, mais reste limité principalement à une poignée d’îles contestées.

Cependant, la répression généralisée, parfois brutale, pratiquée par Pékin dans son pays, son approche de plus en plus menaçante à l’égard de Hong Kong et de Taïwan, et son attitude plus agressive à l’égard des conflits territoriaux défient les intérêts et les valeurs occidentaux communs. Les membres de l’Union européenne et de l’OTAN, ainsi que les États-Unis, se sont déclarés préoccupés par le cours suivi par Pékin Une position diplomatique unie des principaux États occidentaux serait plus susceptible de tempérer le comportement international de la République populaire de Chine. Cela serait particulièrement vrai si elle était accompagnée d’un message d’hébergement à Moscou, ce qui a aidé cette dernière à voir ses intérêts mieux servis par l’Occident penché.

Le Brexit sera probablement décidé d’une manière ou d’une autre lors de la prochaine réunion de l’année prochaine. Mais le sommet du G7 offre l’occasion d’organiser des réunions informelles sur la manière dont le Royaume-Uni, s’il part, avec ou sans accord de sortie, concerne l’Amérique et l’Europe. La légendaire relation spéciale approche de la fin de sa vie, mais Washington et Londres ont toujours des raisons de coopérer étroitement. Néanmoins, les positions du Royaume-Uni sur de nombreuses questions restent plus proches de celles de l’Europe. Construire une nouvelle relation positive et durable avec Londres nécessite que le gouvernement Trump ne serre pas trop fort le gouvernement potentiellement fragile de Johnson.

Indépendamment du départ imminent du Royaume-Uni vis-à-vis de l’UE, Trump a rendu inutilement hostile la relation américano-européenne. Bien qu’il ait raison de critiquer la dépendance militaire du continent à l’égard de l’Amérique, la relation reste importante. Il est dans l’intérêt de Washington de conserver des liens positifs avec l’Europe et le Royaume-Uni.

Le forum offre également l’occasion de réunir de nombreux combattants dans les multiples guerres commerciales du président Trump. Cela pourrait lui permettre de définir des priorités. Par exemple, l’administration continue de menacer de sanctionner les constructeurs automobiles européens et les produits japonais dans le cadre des négociations commerciales en cours. Pourtant, la bataille économique avec la Chine, qui reflète bien plus que de simples préoccupations commerciales, mérite la plus grande attention. De plus, une action conjointe de l’Amérique, de l’UE et du Japon – en faveur de Huawei par exemple – aurait un impact plus important sur la République populaire de Chine.

Ainsi, les participants au sommet devraient discuter d’une position commune sur les liens économiques avec Pékin. Plus généralement, ces pays démocratiques et favorables au marché devraient poursuivre un programme commercial commun. Enfin, un bon point de départ serait l’idée du triple zéro de Trump: pas de droits de douane, d’obstacles non tarifaires ou de subventions. Le G7 pourrait encourager son rare moment favorable au libre-échange.

Enfin, Trump devrait utiliser la réunion pour faire progresser sa première politique étrangère des États-Unis – un effort particulièrement utile à l’approche d’une élection – mais sans nuire aux alliés. Au lieu de réprimander publiquement les Européens pour leurs efforts militaires anémiques, il devrait les préparer en privé au prochain retrait de la force américaine. Comment ils ont répondu serait laissé à eux. Tout en commençant à alléger le fardeau de la défense – plutôt que de le partager -, Trump devrait souligner que les États-Unis entendent entretenir de bonnes relations avec ses amis internationaux. Le changement d’approche serait subtil mais critique: Washington déciderait simplement de sa propre politique plutôt que d’essayer de contrôler ce que font ses alliés.

Si passé est un prologue, il ne faut rien attendre de Biarritz. Cependant, il n’est pas trop tard pour utiliser le temps de manière productive. Des discussions de fond seraient plus critiques que des communiqués épurés que même Macron admet que personne ne lit.